Le LIPN s'inquiète fortement des décrets et mesures annoncés, sur le statut des enseignants-chercheurs, sur la création d'instituts au CNRS, et s'associe au mouvement contre le projet de masterisation des formations à l'enseignement. Le LIPN soutient la lettre ouverte au Président de la République émanant de la Conférence des Présidents d'Universités et datée du 5 janvier 2009 et a voté la motion ci-dessous :
L'activité des universitaires repose sur des missions d'enseignement et de recherche indissociables pour la qualité de l'enseignement supérieur et de la recherche universitaire. Le décret portant sur la réforme du statut d'enseignant-chercheur permet d'octroyer, sur la base de l'évaluation des seules activités de recherche, des décharges individuelles de service d'enseignement compensées par des surcharges imposées à d'autres collègues.
Ce mécanisme de surcharge d'enseignement, en cas de mauvaise évaluation des activités de recherche, revient à considérer l'enseignement comme une sanction et sa pratique comme une punition. C'est indigne des valeurs que doit porter l'université, dont la mission première est précisément la transmission des savoirs ! C'est également inefficace pour la qualité de l'enseignement, puisque ce mécanisme conduit à faire enseigner plus ceux qui sont estimés, par ailleurs, comme moins performants.
Nous souscrivons à la nécessité d'une évaluation régulière des activités d'enseignement et de recherche, selon des modalités qui devront être déterminées de façon concertée. Mais l'ensemble des activités des enseignants-chercheurs doit être pris en compte dans la définition des services et valorisé.
En effet, depuis plusieurs années, l'évolution de la profession s'est traduite par un accroissement conséquent des tâches administratives dont la plupart ne sont pas comptabilisées dans le service des enseignants-chercheurs concernés.
En l'absence d'un cadrage national fixant les modalités de comptabilisation des différentes tâches assurées par les enseignants-chercheurs, la définition des services, telle qu'elle est prévue dans le décret, se fera à la discrétion des conseils d'administration et des chefs d'établissement, laissant ainsi la place à l'arbitraire et au localisme.
Nous considérons donc que les dispositions du présent projet de décret ne sont absolument pas en mesure de répondre aux objectifs poursuivis de promotion de la recherche. Pour toutes ces raisons, nous demandons l'abandon du projet de décret au profit d'un texte répondant à l'ensemble de nos préoccupations.
[Addendum (juin 2009) : malgré l'intervention de très nombreuses personnalités scientifiques de tous bords, des syndicats et de divers collectifs, et en dépit d'une opposition quasi-unanime du monde de la recherche et de l'enseignement à la reforme telle qu'elle est formulée et menée par le gouvernement, la situation demeure malheureusement relativement inchangée.]
Quelques liens : Sauvons l'Université, Sauvons la Recherche et sur l'évaluation des enseignants-chercheurs, la réaction du médaillé Fields Wendelin Werner au discours du président, et celle du prix Nobel Albert Fert, problèmes soulevés par la masterisation. Le site Qualité de la science française.
Vulgarisation grand public : un article de Sauvons la Recherche faisant le point sur la situation actuelle, articles "recherche scientifique" et "université" (sur wikipédia).
An article in the Nature review on science reforms in France, an article from The Economist on the Bologna process.